Urbanisme à Paris : la démocratie bâillonnée

LE FIGARO - 18/03/13 : Deux élus parisiens, deux responsables associatifs et un philosophe dénoncent collectivement le manque de concertation à Paris dans plusieurs grands projets d’urbanisme récents.

mars 19, 2013 dans Presse & Médias, Divers

Nous nous retrouvons hélas complètement dans cette Tribune parue dans Le Figaro du 18 mars (voir ci-dessous) - qui dénonce l'absence totale de concertation à laquelle nous nous heurtons depuis tant d'années - signée par Elizabeth Bourguinat (Association de défense des Halles) et Agnès Popelin (Serres d'Auteuil), avec qui nous avions participé au Grand Prix de la Casserole Parisienne en mai 2011(1)

 

(Voir aussi : Projets urbains à Paris, les chantiers de la discorde

dans Le Point du 28 mars 2013)

 

À Paris, Roland-Garros traverse une crise profonde. Le projet d’étendre l’emprise du tournoi en saccageant le jardin des serres d’Auteuil suscite l’indignation des associations de défense du patrimoine et de l’environnement. L’extension souhaitée par la Fédération française de tennis et la Ville de Paris subit simultanément une inflation financière, des reports de calendrier en cascade et une grande fragilité juridique depuis l’annulation par le tribunal de Paris de la convention liant la Ville et la Fédération. Dans ce fiasco en devenir, tous les acteurs se rejettent la responsabilité des premiers échecs.

 

Comment expliquer une telle exacerbation du conflit ? Par la détérioration du dialogue. Depuis l’annonce des travaux, les associations ont contesté le choix de la Ville de Paris. Elles ont immédiatement proposé un déplacement hors de la capitale ou la réalisation locale d’un contre-projet, désormais chiffré à quelque 53 millions d’euros, consistant à couvrir une partie de l’autoroute A13, comme cela avait été envisagé lors de la candidature de Paris aux JO 2012.

 

La Ville n’a jamais accepté d’étudier cette hypothèse, préférant déclencher une guerre juridique dont elle a perdu la première bataille. Si le contre-projet des associations avait été examiné avec sérieux et respect dès le départ, le dialogue aurait été maintenu et le recours aux tribunaux probablement évité. Ce refus de dialoguer, la Ville l’a réitéré depuis une décennie dans plusieurs chantiers emblématiques, tels le projet de la tour Triangle (XVe arrondissement) ou la reconstruction des Halles en plein cœur de la capitale.

 

Chacun apprécie avec sa subjectivité les composantes d’un projet urbain : par exemple, une canopée de 216 millions d’euros est-elle nécessaire pour recouvrir le nouveau ventre de Paris ? En revanche, seule la municipalité décide de la place qu’elle accorde aux habitants dans la conception future de leur propre territoire. Avec la Petite Ceinture, ancienne voie ferroviaire dont Réseau Ferré de France devrait prochainement céder l’usage aux Parisien(nes), la Ville avait cette année une opportunité extraordinaire (une cinquantaine d’hectares en plein Paris !) d’associer les habitant(es) aux choix à effectuer : davantage de nature ? de transports en commun ? d’usages diversifiés ? des logements écologiques ? d’autres pratiques ? Le chantier était d’une incroyable richesse.

 

Las, l’organisation d’une conférence de consensus a été refusée par la Ville, malgré un vote favorable du Conseil de Paris et un budget dédié de 80 000 euros. Maigre contrepartie : une concertation expresse a conforté en moins de deux mois les travaux de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR). Ni la région, ni le Syndicat des transports d’Ile-de-France, ni les communes riveraines directement impactées n’ont été invitées aux conclusions de ces travaux.

 

À Paris comme dans d’autres villes françaises, la démocratie participative ressemble ainsi à une coquille vide : un simple slogan électoral qui ne trompe aucun électeur. La capitale d’une grande démocratie se doit pourtant d’associer sereinement ses habitants aux décisions locales, avec patience et pédagogie, assurant ainsi sa dimension de cité. Cela exige du temps. Cela réclame la reconnaissance du désaccord. Mais, à terme, cela ne peut que renforcer la cohésion d’une population réactive et engagée.

 

Depuis une vingtaine d’années, les responsables politiques disposent d’un outil remarquable : la charte de la concertation proposée en 1996 par le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement. Cette charte propose une boîte à outils simples et efficaces pour organiser localement une concertation large, transparente, indépendante, attractive et féconde. Son but est simple : convaincre que la concertation n’est pas qu’une nécessité procédurale, mais bien le meilleur moyen pour améliorer la qualité des projets d’urbanisme, en enrichissant le point de vue des pouvoirs publics et des maîtres d’ouvrage. Hélas, presque vingt ans plus tard, la charte sommeille toujours dans les placards des administrations locales.

 

Demain va se construire le Grand Paris, une métropole composite qui devra relever les défis climatiques et énergétiques du XXIe siècle mais aussi inventer des territorialités inédites pour l’action politique. Les futurs projets d’urbanisme franciliens seront à la fois sobres en énergie, économes en deniers publics, adaptés aux attentes des habitant(es) et démocratiques dans leur mise en œuvre. Des objectifs aussi ambitieux ne pourront être tenus qu’en associant effectivement et efficacement les Parisien(nes) et leurs voisin(es).

 

Élisabeth Bourguinat, Jacques Boutault, Michel Charzat, Thierry Paquot et Agnès Popelin*

 

* Respectivement secrétaire d’une association de quartier du centre de Paris ; maire (EELV) du IIe arrondissement de Paris ; conseiller de Paris et ancien député maire du XXe arrondissement ; philosophe ; et présidente du Collectif Auteuil Les Princes (CAP).

 

 (1)  avec leurs associations


Voir aussi :

 

→ "Une histoire qui tourne mal", ou Comment une petite association de quartier peut contrarier les projets de grands groupes

→  Des pouvoirs publics aux abonnés absents

→  Les CONSEILS DE QUARTIER et le Grand Écran

→ "Écran Noir Italie, Scand'Halles et Mochegrenelle..."

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